« Lionel Messi va rester parce qu’il ne veut pas rester sur un échec à Paris »

« Lionel Messi va rester parce qu’il ne veut pas rester sur un échec à Paris »

MAINTENANCE – Auteur d’une biographie sur l’Argentin, Le Roi Leo (Solar), Florent Torchut revient sur sa première saison à Paris et dévoile sa face cachée en dehors des terrains.

Journaliste à L’Equipe et à France Football, Florent Torchut est l’un des journalistes qui connaît le mieux Lionel Messi, l’ayant suivi à Barcelone depuis 2016 puis au PSG, l’interviewant longuement à trois reprises récemment. Le Breton signe une biographie de la « Pulga » (éditions Solaires), remarquable travail d’enquête enrichi de nombreux témoignages recueillis en Argentine auprès de ceux qui ont grandi avec le septuple Ballon d’Or et qui permettent de mieux comprendre la personnalité très singulière du Attaquant de 34 ans. Nous l’avons rencontré à Paris il y a quelques jours pour discuter de son livre et de la saison ratée de l’Argentin.

Florent, vous avez interviewé Lionel Messi à trois reprises depuis 2019, comment définiriez-vous sa personnalité en quelques lignes ?

Florent Torchut : Je pense qu’il est timide, pas en retrait mais dans sa bulle, un peu à l’écart du monde. Dès qu’il quitte le terrain, il redevient Leo Messi, Mr. Everyman, alors qu’on n’imagine pas forcément celui d’une superstar du football. Lorsque vous allez l’interviewer chez lui, il vous ouvre la porte et vous met tout de suite à l’aise. Sa femme Antonella vous propose quelque chose à picorer ou à boire. Un accueil tout à fait normal de la part de quelqu’un qui pourrait être votre voisin moyen.

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Comment s’est passé votre premier long entretien avec lui ?

Je l’ai beaucoup eu en zone mixte au Barça mais le premier tête-à-tête, en novembre 2019, a eu lieu dans la banlieue de Barcelone, un quartier résidentiel où Ronaldinho l’avait incité à s’installer. Nous sommes arrivés dans une magnifique villa un peu californienne avec vue sur la mer. La sécurité nous a ouvert le portail et nous l’avons vu arriver, très détendu en short, habillé un peu délavé… Ce n’est pas vraiment le roi du style. Il m’a rappelé un peu un adolescent dans son accueil. Le fait que je connaisse les personnes qui avaient travaillé avec lui en Argentine avait clairement facilité notre contact. Cela lui paraissait extraordinaire. Il me répétait : « Et lui, tu le connais ? Lui aussi ? »…

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Comment se comporte-t-il face à face ?

Il est ouvert à toutes les questions mais n’apprécie pas vraiment d’être enchaîné à un joueur en particulier. J’avais essayé de discuter un peu en profondeur de Kylian Mbappé et à la fin de la deuxième question, j’avais vu qu’il fallait changer de sujet… On peut essayer de le piquer avec certaines questions pour le draguer un peu mais avec lui, c’est une erreur à ne pas commettre. Il se ferme comme un hérisson. C’était un peu le cas lors de mon premier entretien d’ailleurs (rires). Il faut lui poser des questions plus ouvertes, ça lui permet de reprendre les choses de droite à gauche et de le pousser à mieux se confier. Mais il ne regarde pas l’horloge tourner et reste disponible même si pour la dernière interview, à Paris, il a semblé un peu confus dans son installation. Nous avions pu discuter 45 minutes, sans déborder.

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Quelle est votre analyse de sa première saison très moyenne à Paris ?

C’est un tout. Il est sorti de son cocon barcelonais où il a passé 21 ans et où tout le monde se connaissait, du responsable de la sécurité à la présidence. Il était dans une bulle et n’était pas prêt à sortir de sa zone de confort. A Paris, il a passé trois mois à l’hôtel et cela l’a beaucoup dérangé, j’en ai eu confirmation par son entourage très proche. Côté sportif, il ne savait pas vraiment dans quelle direction allait l’équipe ni ce que Mauricio Pochettino voulait faire de lui. Il joue bien plus loin qu’à Barcelone, loin du but, ce qui lui a permis d’être le meilleur passeur de Ligue 1 (Messi et Mbappé, 10 passes chacun, ont été doublés samedi par le Rennais Benjamin Bourigeaud, 11 caviars, ndlr Remarque). Son bilan n’est pas satisfaisant mais tout n’est pas à jeter.

Je n’ai jamais vu quelqu’un dans le football être aussi attaché à la routine

Florent Torchut

Lionel Messi a besoin de routine pour s’épanouir, ce transfert l’a-t-il dérangé au point de le rendre moins efficace ?

Oui, cette routine est extrêmement importante pour lui. Je n’ai jamais vu quelqu’un dans le football être aussi attaché à la routine, un peu comme une sorte de grand-père (rires). Il aime être à la maison et regarder Disney avec ses enfants.

Profite-t-il un peu de la vie parisienne ?

Pas tellement, mais il ne sortait presque jamais à Barcelone. La vie nocturne et le bling-bling ne l’intéressent pas. Le glamour parisien n’est vraiment pas son truc. Il a besoin de repères stables, entouré de sa femme et de ses enfants. Ses premiers mois ont été compliqués avant que lui et sa famille ne trouvent un logement. Mettre une heure à aller à l’entraînement pour récupérer ses enfants dans les embouteillages l’a marqué car il ne connaissait pas ça à Barcelone. Seul le foot l’intéresse vraiment, il regarde beaucoup la télé et ses relations sont très familiales, voire claniques avec les Sud-Américains du Paris-SG.

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Messi n’a pas beaucoup d’amis dans le monde du football. On les compte sur les doigts d’une main, Di Maria, Suarez, Aguero…

Florent Torchut

Quels joueurs du vestiaire côtoie-t-il à l’extérieur ?

Il voit, par exemple, Angel Di Maria ou Leo Paredes faire un asado (barbecue en Argentine). Ces rendez-vous sont très familiaux, entourés de compagnons et d’enfants. Après l’asado, ils peuvent jouer aux cartes, ce n’est pas forcément très rock’n’roll. Messi n’a pas beaucoup d’amis dans le monde du football. On les compte sur les doigts d’une main, Di Maria, Luis Suarez, Sergio Aguero… C’est sa base. Il a vraiment besoin de se sentir en confiance. Il faut l’apprivoiser et on ne devient pas ami avec lui en deux minutes.

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S’entend-il bien avec Kylian Mbappé ?

Très bien. Mbappé sait ce que Messi représente. D’ailleurs, il est immédiatement allé le voir sur le terrain après l’élimination de l’Argentine par la France lors de la Coupe du monde 2018. Il y a un énorme respect entre les deux. Ces dernières années, Messi a toujours cité Mbappé comme un joueur qui pourrait le remplacer ainsi que Cristiano Ronaldo. Et puis, Mbappé parle très bien l’espagnol, ce qui facilite l’échange mais ça reste deux joueurs qui ne sont pas de la même génération. Mbappé n’est pas forcément invité avec les Argentins pour un asado.

Lionel Messi et Kylian Mbappé. SUSANA VERA / REUTERS

Après une première saison mitigée, Messi serait-il tenté d’aller ailleurs ?

Il restera car il ne veut pas partir sur un échec, comme avec la sélection argentine. Il insistera. Je pense que les deux-trois prochains mois sans défis lui permettront de mieux trouver sa place. Il est ultra-compétitif. Jeune, il était très mauvais perdant, et pour n’importe quoi : une partie de cartes, la Playstation ou un match. Il a même fait des crises de colère parce qu’il détestait la défaite. Il était également capable d’être irascible à Barcelone quand il perdait et même Busquets ne pouvait pas l’approcher. Heureusement, il a quand même fait des progrès là-dessus.

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Guidera-t-il le futur recrutement du Paris-SG ?

La légende raconte qu’il allait frapper à la porte de Josep Maria Bartomeu (l’ancien président du FC Barcelone, NDLR) pour lui dire je veux telle ou telle chose. Il n’a jamais existé même si on lui demandait son avis, notamment pour l’arrivée d’Antoine Griezmann. Il n’est pas directeur sportif bis contrairement à ce que l’on a pu entendre ou lire.

L’épisode des sifflets contre lui, c’était une affaire d’État en Argentine

Florent Torchut

Comment l’Argentine a-t-elle vécu ses mois difficiles et les récents sifflets après son élimination face au Real Madrid ?

Sa venue à Paris est vécue comme une révolution, mais les Argentins le suivent rapidement dans une ville qu’ils apprécient beaucoup. Paris est la ville de l’amour, des parfums, des musées et du glamour pour cette population. J’étais en Argentine au moment de l’épisode des coups de sifflet contre lui, c’était une question d’état, comme la note de 3 dans L’Équipe, qui a été beaucoup commentée. Les Argentins n’ont pas compris que le public avait aussi sifflé les dirigeants.

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Ces sifflets l’ont-ils affecté ?

Oui, mais en même temps, il les comprenait. Ça ne l’a pas fait plaisir, forcément, mais il sait qu’il doit faire mieux, notamment en termes de statistiques. Sur place, Marcelo Gallardo a aussi rappelé aux Argentins qu’ils avaient la mémoire courte et qu’en sélection, il avait été sifflé et très critiqué. Mais depuis la victoire de la Copa America, on ne peut plus toucher Messi. C’est une idole intouchable, un patrimoine national.

Solaire