La richesse du Qatar a attiré Neymar et Lionel Messi au Paris Saint-Germain
PARIS – L’investissement du Qatar dans le géant français Paris Saint-Germain et son utilisation du club comme outil central de la diplomatie du soft power de l’émirat riche en gaz au cours de la dernière décennie, ne devraient pas changer après la Coupe du monde de l’année prochaine, prédisent les experts.
Que va faire le Qatar après le tournoi ? Injectera-t-il de l’argent dans le club à la même échelle, ayant dépensé plus d’un milliard d’euros depuis le rachat en 2011 par Qatar Sports Investments (QSI), sans pour autant remporter la Ligue des champions, le Saint Graal du football européen ?
Cette question est tranquillement ruminée par les rangs des observateurs du football français, et notamment les supporters du PSG, qui ont vu Kylian Mbappe, Neymar et Lionel Messi s’installer dans la capitale française.
– ‘Outil de séduction dans le monde’ –
En termes de football, les sommes sont énormes. Pourtant, cela semble presque sans rapport avec le Qatar riche en gaz.
« Je pense que la Coupe du monde n’est qu’une partie, c’est déjà un triomphe en soi pour le Qatar de l’avoir obtenu. Mais cela ne devrait en rien changer sa politique », estime Raphael Le Magoariec, doctorant en géopolitique spécialisé dans le Golfe. des pays.
Prédire l’avenir et la stratégie diplomatique d’un pays est un exercice périlleux, préviennent des experts interrogés par l’AFP.
Les risques sont multiples et plusieurs facteurs peuvent intervenir pour changer de perspective à un moment donné. Mais le raz de marée parcouru par l’émirat depuis près de 30 ans semble bien ancré dans la stratégie du Qatar.
Inventé à la fin des années 1980, le terme « soft power » a été popularisé par le politologue américain Joseph Nye, co-fondateur de la théorie des relations internationales du néolibéralisme, qui a servi à la fois dans les administrations Carter et Clinton.
Il fait référence au pouvoir d’influence, à la persuasion des autres par l’appel et l’attraction, sans moyens coercitifs.
« Peu de temps après l’invasion du Koweït par les États-Unis, le Qatar s’est posé la question : ‘Qui peut les empêcher d’une telle attaque ?’ Ce n’est pas son armée, ni ses pétroliers, ni sa technologie. C’est l’opinion publique occidentale », a déclaré l’expert en géopolitique Marc Lavergne, directeur de recherche au Centre de recherche scientifique des Nations Unies et à l’Université de Tours.
« Le Qatar a développé tout un ensemble de piliers qui peuvent être liés au soft power, comme l’art et une politique sportive globale dans laquelle le Paris Saint-Germain est un outil de séduction à l’échelle mondiale. C’est la construction d’une image lisse, exotique, idéalisée. Le Qatar ne va pas arrêter de développer cette stratégie demain », a-t-il ajouté.
– ‘Meilleure vitrine pour l’émirat’ –
C’est une politique qui a placé le Qatar sur la carte du monde d’un point de vue géopolitique.
« Il y a près de 15 ans, le Qatar n’existait pas dans l’opinion publique », dit Lavergne. « Le Paris Saint-Germain est au centre de cette politique. Avec le club, ils touchent le monde entier. »
Le refus de vendre l’attaquant français Mbappe, vainqueur de la Coupe du monde l’été dernier, malgré une offre de 180 millions d’euros du Real Madrid, a été perçu par certains comme une folie financière.
« Mais les économistes interrogés à ce sujet en France n’ont pas le cadre de référence du Qatar », a déclaré Le Magoariec.
« Il faut comparer ces investissements à ceux d’un ministère de la Défense. »
L’argent a permis au club de remporter sept championnats de France au cours de la dernière décennie et le PSG a atteint la finale de la Ligue des champions 2020. La pièce maîtresse de l’Europe pour les clubs.
D’autres analystes ont déclaré que la Coupe du monde de l’année prochaine importait peu compte tenu du succès jusqu’à présent de la stratégie de l’émirat.
« Depuis le début et encore aujourd’hui, le PSG constitue dans mon esprit un investissement majeur pour le pays. Pour certains, c’est la meilleure vitrine pour l’émirat », estime Carole Gomez, chargée de recherche senior en sport et géopolitique à l’IRIS, un think tank français. sur des questions géopolitiques et stratégiques.
« Je ne pense pas que les investissements seront retirés au lendemain de la Coupe du monde. D’une part, parce que les raisons géopolitiques et économiques qui ont poussé Doha à investir dans le sport sont toujours là.
« Il s’agit toujours d’affirmer son individualité face à ses voisins, notamment l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, mais également de diversifier ses investissements économiques afin de penser l’ère post-gaz.
De plus, les liens entre le Qatar et la France dépassent largement le cadre de cette connexion sportive.
« Le Qatar est un allié stratégique de la France, et ce depuis des années », a souligné Lavergne.
Une alliance dont le club de football n’est qu’un élément, mais sensible.
« Tout ce qui touche le Paris Saint-Germain est extrêmement sensible, c’est entre les mains de l’émir. C’est éminemment stratégique », a ajouté Le Magoariec.